Nous sommes partis de Young un
dimanche matin avec l’intention de se rendre 700km plus loin à Menindee, en
plein cœur du outback australien, afin de commencer un nouvel emploi le
lendemain même. En apprenant où l’on s’en allait, nos amis australiens se sont
exclamés :
-
You
guys are going in the Never Never !!!
-
Hum... Quel surnom sympathique. C’est surement
un endroit charmant...
Et nous pensions que ce serait
simple… Les premiers 400 kilomètres se sont déroulés sans embrouilles et nous
avons atteint Hillston juste à temps pour le lunch. Tout au long de la route,
nous avons vu le paysage changer du tout au tout. Les eucalyptus se sont faits
de plus en plus rares et les arbustes ont commencé à envahir le paysage.
Bientôt, on ne voyait qu’une étendue plate d’arbustes secs sur la terre rouge
et l’on croisait une voiture à l’heure. Le temps se faisait menaçant lorsque
nous nous sommes engagés sur notre première route de terre. Nous n’avons pas
réagi lorsque nous avons vu le panneau gigantesque qui nous annonçait
ceci : DRY WEATHER ROAD ONLY. Erreur de débutants.
Quelques minutes plus tard, c’est
une pluie torrentielle qui s’est déclenchée remplissant les sillons laissés par
les camions qui empruntent fréquemment cette route. En roulant à 40km, on
déclenchait des vagues d’eau rouge qui venait ensevelir la voiture, nous
bloquant la vue pendant quelques secondes. On commençait à considérer l’option
de rebrousser chemin lorsqu’on l’a vu approcher à l’horizon : le road
train. Un road train est un camion semi-remorque qui tire plus de 2 remorques.
C’est immense. Et dangereux même en route asphaltée en temps sec. Notre road
train arrivait à toute vitesse, créant de véritables tsunamis à ses flancs.
Dans un moment de panique, on s’est tassé le plus possible en faisant des
appels de phare en espérant provoquer un minimum d’empathie de la part de
ce monstre d’acier. Nous avons évité l’ensevelissement de peu et nous avons
regardé le road train s’éloigner, ses remorques ondulant dangereusement de
gauche à droite. Il est dangereux pour eux de ralentir subitement de la sorte
et nous avons compris que tous ne le ferait pas.
Nous avons donc décidé d’essayer un autre
chemin. En s’engageant sur cette route, nous avons été accueillis par le même
panneau : dry weather road only. Cette fois, nous avons rebroussé chemin
immédiatement. Au moment où les roues ont touché l’accotement que l’on croyait
ferme, la voiture a glissé et s’est retrouvée en deux temps trois mouvements au
fond du fossé. CRAP! Pendant une heure, Phil nu pied (ses sandales ont
immédiatement brisée lorsqu’il s’est enfoncé le pied en sortant de la voiture.
Super.) dans la bouette rouge a mis ses talents de scout à l’épreuve. Récoltant
les rares branches disponibles dans ce désert, on a essayé de créer une surface
solide pour dégager la voiture : peine perdue. Heureusement, un inconnu
envoyé du ciel est passé et nous a sorti de ce bourbier (littéralement) à
l’aide de son pick up.
-
Phil. Je pense que l’univers essaie de nous
envoyer un message
-
Tu penses pas que t’exagère un peu là ?
-
Non. Je te dis. L’univers ne veut pas qu’on
aille à Menindee!
Sur ce, on est revenus sur nos
pas pour faire un immense détour pour éviter le plus possible les routes de
terre. On a dû dormir en chemin. Le lendemain, le soleil resplendissant nous a
fait oublier nos aventures de la veille. Sur la route on croisait des émeus,
des kangourous, des renards, des lapins, des lézards mais pas de voitures.
C’était l’image typique du désert rouge australien. À 150 km de Menindee, un bruit soudain sous
notre voiture nous a forcé à s’arrêter pour constater que la ligne
d’échappement venait de se séparer en deux et trainait maintenant par terre.
-
*&?*?&*? DORIS ! T’aurais pas pu choisir
un pire moment !!!
On regarde autour de nous :
2 émeus qui relaxent. Sinon… rien. L’infini rouge. Phil a encore une fois sorti ses talents de
scout (c’est ce qu’on dit. non? toujours prêts ! Scout un jour, scout
toujours!). Il a sorti les deux matériaux essentiels pour un scout : une
branche d’arbre et de la corde et a rafistolé le tout. C’est à ce moment que
Noémie a juré de ne plus jamais rire du fait que Phil a été dans les scouts
(c’est une grande promesse qui demandera beaucoup d’efforts). Nous nous sommes
finalement rendus à Menindee de peine et de misère en mettant 4 heures pour
parcourir le dernier 150km.
En arrivant, une pancarte nous
annonce ceci :
Menindee
Population : 981
Élévation : 70m
Devant nous : quelques
maisons, quelques commerces barricadés, des veilles voitures rouillées laissées
à l’abandon, le vent souffle un peu de poussière et une boule de foin traverse
la rue.
Ouf… le temps va être long.
On s’arrête au bar question
d’appeler notre nouveau boss pour qu’il vienne nous chercher. Le barman nous
accueille avec un grand sourire. HORREUR. Il N’A PAS DE DENT !!!!
-
G’day
mates. What can I do for you
-
...
Dans nos têtes, ça résonne sans
cesse : pas de dents, pas de dents, pas de dents !!!
-
?
On se resaisis :
-
Hum… euh… Qu’est-ce qu’on voulait ? Ah
oui : on peut vous emprunter votre téléphone le temps d’un appel ?
-
Hum… Désolé. On n’a pas de téléphone.
On est sorti ahuris. Pas de
téléphone. ET PAS DE DENTS ! Mais où on vient d’atterrir ! On fini par
rejoindre le boss qui nous amène à la ferme. En plein milieu du désert se
dressent des vignes à perte de vue. Petite touche de vert dans le rouge infini.
Devant le vignoble un tas de tôle : c’est là qu’on va habiter.
Ouf… le temps va être long.
On découvre un peu
l’endroit : pas d’eau chaude, pas de lumière, pas d’eau potable dans la
cuisine et la salle de bain, des fourmis envahissent la cuisine, les araignées
et la poussière envahissent notre chambre et les champignons envahissent les
douches.
Un endroit charmant pour 20$ la
nuit.
Et puis le lendemain, on découvre
le travail. Un seul mot d’ordre : cueillir toujours plus, toujours plus
vite. Et c’est là qu’on réalise qu’il n’y a aucun Australien qui travaille avec
nous : c’est toujours mauvais signe quand aucun Australien ne veut
travailler là où tu travailles. Deuxième mauvais signe : 150 Asiatiques travaillent avec nous.
On a souvent entendu parler de la
façon dont les Asiatiques sont traités dans certaines fermes par des gens
malhonnêtes. Beaucoup parlent peu anglais et ne connaissant pas leurs droits,
beaucoup acceptent de travailler dans de mauvaises conditions pour un mauvais
salaire.
0 Australiens + 150 Asiatiques = Sacre ton camp au plus vite
On a quand même attendu une
semaine avant de quitter Menindee pour de bon. Assez pour y passer un Noël tristounet. C’est quand on a vu notre paye
qu’on a compris à quel point on se faisait arnaquer. On a donc pris nos clics
et nos clacs et on est partis en criant un peu. Après avoir parcouru tant de km
parsemés d’embuches pour aboutir au
milieu de nulle part pour repartir après si peu de temps, on avait le cœur au
bord des lèvres. Mais plus on prenait de la distance avec ce bled de malheurs,
plus on se sentait bien d’avoir quitté.
En chemin on s’est ressourcé dans
un petit café très charmant avec une déco qui contrastait avec le décor typique
du fin fond de l’Australie. Et un excellent hamburger (dans lequel il y avait
des betteraves. On a immédiatement adopté l’idée) nous a fait oublié notre
mauvaise aventure. La vie était belle. On s’apprêtait à repartir en finissant
notre conversation avec le tenancier qui nous a affirmés que son café est non
seulement agréable par son aménagement et sa vue sur la rivière, mais également
parce qu’il n’y a pas de gens de couleurs (et merde, y’a tout gâché). Il faut
croire qu’on doit faire encore plus de km pour repartir à zéro.
-
Noémie?
-
Quoi?
-
T’avais raison.
-
Je sais… Non sérieusement, raison de quoi?
-
L’univers nous passait clairement un message.
Des Kangourous qui font des activités de kangourous devant chez nous |
Un lezard IMMENSE ! |
Des émeus qui font des activités d'émeus |
La route |
La vue de notre fenêtre : les supports à vigne |
Vignes infinis |
Les raisins de la colère |
Le magasin général (ben oui, y'ont ça!) |
L'autre magasin général |
Noël dans les eucalyptus |
Le lac Menindee |
toujours aussi passionnant vous suivre. bonne leçon pour le scout! bravo Phil!
RépondreSupprimerps: sont café?...
Quelle aventure ! Ça forge la capacité et le courage de faire face, ça révèle les ressources non soupçonnées pour affronter l'imprévu...Bravo pour votre sang-froid et le partage. Merci et bonne suite plus douce et carrossable !
RépondreSupprimerBrigitte amie d'Élise.
Haha Jeanseb l'oeil de Lynx gagne un morceau de robot!
RépondreSupprimerEt Merci Brigitte,on aura beaucoup appris de cette expérience mais décidemment, plus jamais le Never never ;)